CARNET DE ROUTE D'UN IMMIGRANT CLANDESTIN

 

Lorsque j’ai rencontré Kingsley au Cameroun, il avait déjà tenté l’Aventure deux ans auparavant, mais avait dû rebrousser chemin faute d’argent. Depuis cette tentative avortée, il avait fait des économies et obtenu un important soutien auprès de ses proches. De plus, il était désormais attendu en France depuis que son meilleur ami, Francis, avait réussi à immigrer légalement en épousant une touriste française.

Kingsley était donc prêt à repartir.

 



Au début, notre relation était basée sur l’intérêt commun: aller le plus loin possible. Lorsqu’il m’a proposé d’être présent quand l’un de ses amis lui remettait de l’argent, j’ai tout de suite compris que j’étais sa caution morale. Plus tard, il m’a demandé de garder sur moi tout son pécule pour ne pas être volé lors des différents passages de frontières. J’ai accepté, sachant que si je gardais ses économies, il ferait tout pour me retrouver en cas de séparation.

 



Des liens plus profonds se sont tissés progressivement au fil des moments forts que nous avons partagés. Une confiance presque inébranlable s’est installée. Ce que nous avons vécu ensemble et le respect mutuel que nous éprouvons nous engage indéfectiblement l’un envers l’autre.

 



À une époque où le mérite est une vertu vantée par les hommes politiques, où la « prise de risque » et la « mise en danger » sont érigées en valeur étalon, je souhaite exposer, au travers de ce reportage, les difficultés d’un tel périple et mettre en lumière tout ce que ces migrants donnent -jusqu'à leur vie parfois- dans l’espoir d’une existence meilleure.
 

 

Avril - Novembre 2004

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